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Synthèse - Sciences en société : partager les utopies ? Une reconstruction permanente

Octobre 2016

Synthèse du symposium du 10 et 11 juin 2016.

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Synthèse du symposium (PDF)

L’IHEST a souhaité placer les dix ans sous le signe du progrès, l’utopie et la reconstruction – progrès et utopie devant éclairer la reconstruction permanente qui caractérise le rapport science-société – et posé deux questions : quelle reconstruction pour le progrès ? Quelle capacité à partager les utopies pour mettre les sciences en société ?
Tels sont les deux grands sujets qui vont orienter les travaux d’aujourd’hui et de demain, le progrès et l’utopie devant aider à éclairer cette reconstruction permanente qui caractérise le rapport science-société.

La notion de reconstruction, il faut le reconnaître, pourra surprendre. Dans son sens le plus commun, elle évoque plutôt la destruction, la maladie qui ravage un organisme, les désastres d’un pays dévasté par la guerre ou encore les heures les plus sombres d’une nation. Dans son sens le plus populaire, elle suppose que la structure détruite – que cette structure soit un individu, un objet, un pays ou encore une civilisation – ait atteint un degré de destruction qui n’appelle ni restauration, ni réparation. On peut réparer ou restaurer des ruines, comme celles de Palmyre. La reconstruction, elle, supposerait une destruction totale, donc de faire du passé table rase et de repartir de zéro. Vaste programme, d’autant que la reconstruction dont il sera question dans ce symposium est permanente…

Mais il existe un tout autre sens de la reconstruction qui suppose qu’on ne reconstruit pas sur du sable, mais sur des structures établies, bien existantes, toujours en évolution, et qui appellent justement une reconstruction permanente, des modifications et des ajustements réguliers.
Ainsi entendue, la notion de reconstruction est au cœur de la philosophie de John Dewey (1859-1952), dont l’œuvre, longtemps méconnue en France, suscite aujourd’hui un intérêt croissant.

Un peu comme dans la controverse dans les sciences, le philosophe américain propose avec la reconstruction une démarche dont l’actualité est évidente.
John Dewey fait un usage privilégié de la reconstruction en pédagogie, mais c’est une notion qu’il a étendu à d’autres domaines, qu’il s’agisse de l’enquête, de la philosophie ou de la morale. Il y a reconstruction lorsque face à un système qui a volé en éclats, suite à des transformations de tous ordres – scientifiques, économiques ou moraux – on tente de réassembler les éléments restants en un système plus satisfaisant, sans faire table rase.

John Dewey pensait ainsi que le libéralisme, à ses origines une philosophie progressiste, destinée à défendre les petits propriétaires de terres et ceux qui la travaillaient contre la tyrannie des monarques, était entré en contradiction avec son objectif premier lorsque la propriété s’est concentrée entre les mains de quelques-uns au XIXe siècle, et qu’il est lui-même devenu un outil d’oppression, tout en se réclamant toujours dans les mots de la « liberté ». D’où pour Dewey la nécessité de le reconstruire, dans les années 1930, à partir des conditions qui sont celles de l’urbanisation, de l’industrialisation et d’une certaine mondialisation, qui ne faisaient pas partie de l’horizon de pensée des premiers « libéraux », ceux du siècle précédent.
« La reconstruction, écrit-il en 1894, est un besoin périodique dans la vie. Elle représente, en histoire, le conflit entre les idées et les institutions qui incarnent ses idées. Dans la vie animale, elle représente le conflit entre la fonction et la structure qui exerce cette fonction. Dans la vie d’un individu, elle est le conflit entre les habitudes et les idéaux. » Le philosophe américain parle de reconstruction chaque fois qu’il y a un processus de réajustement des moyens et des fins de l’action, lorsque ceux-ci entrent en conflit, soit en raison d’un changement dans les moyens, soit d’un changement dans les fins, ce conflit interdisant la poursuite de l’action. Il s’agit d’un « réagencement » qui n’est jamais donné d’avance, mais toujours à réinventer.

Identifier les défis d’une époque, c’est donc presque toujours dire en même temps le type de reconstruction à opérer, ce qui suppose de repenser sans cesse les valeurs en fonction de nouveaux outils intellectuels et techniques disponibles. Mais il suppose aussi de bien prendre conscience de la nature des mutations scientifiques et technologiques, lesquelles ne nous donne aucune clé sur l’usage qui peut en être fait.

Ce symposium se concentrera sur quelques domaines où la reconstruction prend tout son sens, en faisant appel à la valeur pratique des utopies, qui seront partagées tout au long de ces deux journées de travaux.
La capacité collective à créer des gouvernances et des interfaces entre le monde des sciences et la société sera également interrogée.
Des valeurs sont de plus en plus souvent mises en avant, comme l’intelligence collective, l’esprit critique, l’innovation ou encore la créativité. Comment s’incarnent-elles dans les transformations en cours, les organisations ou les individus ? Quelle est la capacité des collectifs à se reconstruire ? Quels talents pour se réinventer ? Comment partager les engagements ? Autant de questions qui seront explorées, en cherchant à identifier les talents et les gouvernances de demain.

Marie-Françoise Chevallier-Le Guyader,
Directrice de l’IHEST

vendredi 14 octobre 2016, par HUCHERY Mélissa