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Paroles de chercheurs

La science, le réel et le langage

24 novembre 2010, maison de la recherche

En présence des auteurs du livre La Science en Jeu :
Jean-Michel BESNIER, Etienne KLEIN, Hervé LE GUYADER, Heinz WISMANN
Un débat, animé par Michel ALBERGANTI, journaliste scientifique à France Culture, dans l’esprit de l’IHEST : croiser les regards pour créer une culture des sciences et de l’innovation.

([Voir la vidéo du débat)]
Naguère souveraine, la science est aujourd’hui en question : cible de critiques
d’ordre philosophique ou politique, tenue pour responsable de maintes dérives du monde actuel, quand elle n’est pas victime de l’ignorance et du désintérêt. L’illusion même d’une science unitaire, omnisciente et transcendante, de la mathesis universalis chère à Leibniz, s’est dissipée, y compris à l’intérieur d’un champ de connaissances dont aucun spécialiste une maîtrise la totalité. Signe des temps : le beau nom de « savant » – de qui goûte la saveur du savoir – a cédé la place au sec « scientifique », élément anonyme d’un complexe réseau. Et pourtant, la science – l’univers de techniques innovantes, d’évaluations quantitatives, d’expertises aiguës qu’elle ne cesse de créer – reste, autant que l’antique fondement religieux, le socle idéal de nos sociétés, celui qui façonne nos modes de vie et nos schémas mentaux. Au point qu’une nouvelle métaphysique de la techno-science triomphante promet, tel le Pantagruélion rabelaisien, de tout expliquer et de tout résoudre !

Qu’est-ce que la science ? Que peut-elle ? Que vaut-elle ? Les questions de Kant restent celles que le public, spontanément, pose à une recherche aussi profondément engagée dans le devenir de nos sociétés. Comment en comprendre les origines et le développement, l’essence paradoxale, l’extrême
complexité qui vire, désormais, à l’incommunicabilité et donne prise à la confusion ? Comment en apprécier les résultats tout en en mesurant les limites et les risques ? Comment éviter le relativisme désabusé ou le rejet pur et simple ? Comment sortir du flou, des approximations et des idées toutes faites ?
Les réponses à ce faisceau de questions ne peuvent être que plurielles. Et ludiques : la réflexion est un jeu de miroirs où les divers points de vue se concentrent et s’éclairent, de prismes où ils se diffractent. Aussi, deux chercheurs – un biologiste et un physicien – et deux philosophes se livrent-ils
au libre jeu des échanges entre les perspectives qu’ils dessinent, et des rebonds sur les questions que leur posent les représentants, non-spécialistes, de la société civile. Il en ressort toute une série d’aperçus concrets, aussi excitants pour l’esprit qu’essentiels à la compréhension de ce qui se joue : sur le boson de Higgs, les théories physiques et la prévision, par le calcul, de réalités à vérifier par l’expérimentation ; sur le traitement individuel de l’atome et l’engouement pour les nanotechnologies ; sur le créationnisme niant l’évolution ; sur le transhumanisme promettant de remodeler l’homme…
Illustrer ainsi la grandeur de l’esprit scientifique et la conscience honnête de ses limites comme de son essentiel inachèvement, en est la meilleure défense : c’est, du même coup, l’appel à une authentique culture, ouverte à la complexité, soucieuse des implications, désireuse de « l’expansion des choses infinies ».

LA SCIENCE EN JEU
Jean-Michel Besnier, Étienne Klein, Hervé Le Guyader,
Heinz Wismann, Collection “Questions vives”, Actes Sud/ IHEST, novembre 2010

mardi 14 décembre 2010, par Olivier Dargouge