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Perspectives

Les mots du débat

Synthèse de l’Atelier de l’IHEST

L’Atelier de l’IHEST Les mots du débat s’est tenue en cinq rendez-vous de novembre à décembre 2015

Le langage n’est-il pas l’unique véhicule de transmission de la connaissance et de la culture ? Le premier support des débats ? Le seul terrain d’entente possible entre la science et la société ? L’IHEST, qui travaille à la mise en culture des sciences et des technologies, éprouve chaque jour ces interrogations
Marie-Françoise Chevallier-Le Guyader
directrice de l’IHEST
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Sommaire de l’Atelier

1. Des mots au discours

La première séance de l’atelier « Les mots du débat » s’est tenue au Sénat le 2 novembre 2015. Elle a invité les participants à une escale du « voyage apprenant » sur le langage, la linguistique et la question du sens, l’analyse du discours, la communication médiatique et politique…

  • Capacité de décentrement, Jean-Michel Besnier
  • Du langage, des langues et des mots, François Rastier
  • Discours et pouvoir, Claire Oger,
  • Communication médiatique et politique, Isabelle Veyrat-Masson
« Le politique a démissionné sur la question du langage au profit de la délibération et des compétences instrumentales »
Jean-Michel Besnier, philosophe
« Nos sociétés technologisées ne sont-elles pas confrontées à la montée en puissance du non-débat ? »
Isabelle Veyrat-Masson, directrice du laboratoire Communication et politique (Cnrs)

2. Quel langage pour parler de la science ?

Le « voyage apprenant » s’est poursuivi le 3 novembre 2015 dans le Salon Napoléon du restaurant du Sénat. Accueillis par le sénateur Claude Kern, administrateur de l’IHEST, les auditeurs de l’atelier ont écouté un scientifique, Etienne Klein, et un littéraire, Nicolas Wanlin, évoquer leurs objets communs, les mots et le langage, pour partager une question, comment dire la science ?

« Un livre de science doit être écrit dans une langue qui procure un plaisir de lecture et cela suppose beaucoup de travail »
Etienne Klein, directeur de recherches au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, professeur à l’école Centrale, président de l’IHEST
« Pour créer une langue particulière, le savant a deux options : soit il emprunte des mots du vocabulaire commun et leur donne un sens particulier au risque d’être mal compris ; soit il crée des mots ou des codes nouveaux au risque de ne pas être compris. »
Nicolas Wanlin, professeur de littérature française, Ecole polytechnique

3. D’informatique à numérique, la puissance des mots

Nouvelle étape du « voyage apprenant » le 4 novembre 2015 avec le langage de l’informatique. Que révèle-t-il du comportement et de la culture des sociétés ? Quelles évolutions se dessinent avec le numérique ? Décryptage d’un langage devenu omniprésent dans notre langue quotidienne avec un psychiatre et psychanalyste, Serge Tisseron, et un chercheur en informatique, Gilles Dowek.

« Le mot « Selfie » exprime un « retournement de valeur ». Le narcissisme était traditionnellement connoté négativement. A l’inverse, le selfie, autoportrait narcissique, est une manière de se valoriser dans un espace, en situation. »
Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste
« La création du nom commun « le numérique » est l’exemple d’une figure de « la manipulation du langage à l’œuvre dans le débat public », cette figure consiste à remplacer un mot que tout le monde comprend (l’informatique) par un autre, à la signification si vaste que personne ne sait plus ce qu’il signifie et que chacun peut employer à sa guise pour désigner quelque chose de différent ».
Gilles Dowek, chercheur en informatique

4. Progrès, perfectionnement, industrie, innovation

Comment nommer ce qui est en train de se passer ? Comment dire les ruptures à l’œuvre ? Un voyage dans l’histoire de l’ « industrie » proposé par Armand Hatchuel, professeur à l’Ecole des Mines Paristech, nous éclaire sur les promesses et les mythes nés des mots. La leçon est claire : plus nous agissons sur le monde, plus les mots deviennent vitaux.

« La réalité est devenue trop complexe pour nos mots. Il faut multiplier les retours au réel, par des visites, des observations, … car plus nous changeons, plus il faut revenir au réel… et créer des mots pour mieux le penser ! »
Armand Hatchuel, professeur, Mines ParisTech

5. Le changement climatique : espace de controverse, espace d’influence

C’est en invitant les auditeurs à explorer les mots et les espaces des débats science-société autour de l’exemple du changement climatique que Marie-Françoise Chevallier-Le Guyader, directrice de l’IHEST, a ouvert la dernière séance de l’atelier « Les mots du débat », qui s’est tenue conjointement avec la quatrième session du cycle national de formation 2015-2016.

Introduction, Marie-Françoise Chevallier-Le Guyader

Les mots en politique, Anne-Yvonne Le Dain
Les espaces d’influence, Sandrine Maljean-Dubois

Les espaces de controverse, Mathias Girel
Les espaces de représentations sociales, Ewa Drozda Senkowska et Sabine Caillaud
Débat, controverse, polémique et changement climatique, Heinz Wismann

« Parler d’un sujet aussi complexe que le climat peut sembler une gageure tant est grand le hiatus entre les perceptions du phénomène et les nuances propres à la science du climat, comment parvenir à une plus grande compréhension mutuelle autour d’une thématique à ce point caractérisée par l’incertitude et la controverse, réelle ou fabriquée ? ».
Marie-Françoise Chevallier-Le Guyader, directrice de l’IHEST
« La pensée est désormais résumée à cent-quarante signes sur Twitter ou à deux minutes sur un plateau de télévision, nous n’avons pas le temps de la développer, de proposer un raisonnement et cela favorise une logorrhée »
Anne-Yvonne Le Dain, députée
” Parmi les climato-sceptiques, on compte également les “cornucopiens”, terme se référant à la corne d’abondance. Chez eux, la confiance en la technique prédomine et la crainte du réchauffement climatique est vue comme un moyen d’altérer notre croyance en le progrès. »
Mathias Girel, philosophe
« Les espaces de mots sont des espaces d’influences et de controverses , des espaces de représentations sociales »
Ewa Drozda Senkowska, directrice du Laboratoire de psychologie sociale : menaces et société à l’Université Paris-Descartes

« Nous vivons dans deux mondes à la fois, dans le monde où le soleil se lève et dans le monde où la Terre tourne autour du soleil. Depuis la Renaissance, nous sommes dans une sorte de schizophrénie culturelle. Le seul moyen de l’assumer est de donner à la science une définition non idéologique, de considérer que les lois produites peuvent être en permanence révisées, améliorées dans le cadre de controverses fécondes »
Heinz Wismann, philosophe
« Nous vivons une époque où, pour des raisons essentiellement économiques, l’innovation s’est séparée du progrès. Il existe des innovations qui n’ont rien à voir avec le progrès… mais beaucoup avec la mode ! »
Heinz Wismann, philosophe

vendredi 28 octobre 2016, par Olivier Dargouge