Accueil > La Médiathèque > Dossiers > Illettrisme scientifique et éducation > Micheline HOTYAT : La créativité à l’Ecole : un levier pour la réussite des (...)

Enregistrer au format PDF

Illettrisme scientifique et éducation

Micheline HOTYAT : La créativité à l’Ecole : un levier pour la réussite des jeunes ?

Vidéo

Pour Micheline Hotyat, professeur à l’université Paris 4-Sorbonne et ancien recteur de l’académie de Caen, la créativité doit entrer dans les apprentissages des élèves, dans les pratiques pédagogiques des enseignants, dans leur formation initiale et continue et dans les relais institutionnels.


Micheline Hotyat : La créativité à l’Ecole : un... par IHEST
Entretien avec Micheline Hotyat, réalisé dans le cadre de la session L’éducation aux sciences et la créativité : une priorité pour l’Ecole ?

Envisager la créativité comme un levier de réussite pour les jeunes ne peut se faire sans une analyse des profonds changements qui ont affecté le système scolaire.
La massification s’est traduite par une hétérogénéité du public scolaire et les enseignants doivent composer avec des différences de culture, de niveaux de langage et d’appropriation des savoirs de leurs élèves bien plus marquées que par le passé. Les évaluations nationales pointent des lacunes en français et en mathématiques et celles réalisées au niveau international révèlent que la France est mal placée en termes d’acquisition de compétences. Le désintérêt des jeunes pour l’école et les abandons en cours de cursus universitaires se développent et invitent à engager « une vaste réflexion pour lutter contre le décrochage », comme le souligne Micheline Hotyat.

Privilégier une pédagogie de projet

Face à ce constat, il est clair que l’on ne peut plus apprendre et enseigner comme auparavant. La créativité doit entrer dans les apprentissages des élèves, dans les pratiques pédagogiques des enseignants, dans leur formation initiale et continue et dans les relais institutionnels.
La créativité, selon Micheline Hotyat, s’exerce quand on facilite la curiosité et l’imagination des élèves afin que ceux-ci puissent exprimer leur manière personnelle d’aborder un sujet. Cette approche ne s’oppose pas à la rationalité et à la rigueur car la mise en forme des connaissances requiert toujours un processus logique.
Le système français privilégie cependant trop le savoir conceptuel et la simple compréhension au détriment de l’apprentissage concret et de l’appropriation des savoirs. De nombreuses enquêtes montrent que les jeunes ne savent pas utiliser leurs savoirs hors du contexte dans lequel ils les ont appris.
« Tout commence par la maîtrise de la langue » insiste Micheline Hotyat. Confrontées à de mauvais résultats en lecture à l’entrée en classe de sixième, de nombreuses académies ont lancé différentes approches (réseaux d’observation locaux de la lecture (ROLL), français langue étrangère (FLE) pour les enfants arrivant d’autres pays…).
De nombreuses expérimentations pédagogiques ont été lancées en France mais elles n’ont pas essaimé. Comment aujourd’hui aller au-delà et généraliser de nouvelles approches, encourageant le passage d’une « posture d’enseignant à celle d’accompagnant » ? Pour l’ancien recteur, il faut privilégier une « pédagogie de projet » dans laquelle l’élève est mis en situation de fabriquer du savoir et pas seulement de le recevoir. Dans ce cas, les élèves travailleront davantage en ateliers et les enseignants en équipe.

JPEG - 40.3 ko

Ouvrir l’Ecole

Cette démarche doit reposer sur de nouveaux outils, permettant à la pédagogie d’évoluer. Ainsi, le livret de compétences, qui fait le point sur le parcours antérieur de l’élève, est utile à ce dernier pour mieux se connaître et s’orienter mais aussi au professeur pour mieux le positionner à son arrivée en classe de seconde. Mis en place en 2010, le tutorat, qui permet de suivre un lycéen de la seconde à la terminale, va dans le même sens. Micheline Hotyat cite également les nouvelles technologies de l’information qui facilitent cette démarche constructive entre l’équipe éducative et l’élève. Le développement d’un environnement numérique de travail (ENT) - proposant des activités péri-scolaires, des informations pédagogiques, culturelles… - est particulièrement important en territoire rural. Il ne s’agit pas de « faire table rase du passé », précise Micheline Hotyat, mais d’avoir « une approche systémique » en associant méthodes pédagogiques traditionnelles et innovantes.
« L’école doit s’ouvrir », créer des liens avec l’extérieur et notamment le monde de l’entreprise pour « mettre le jeune en situation d’imaginer son parcours d’orientation ». Depuis 2010, des dispositifs mis en place au lycée tels que l’enseignement d’exploration (découverte d’une discipline par l’élève), les passerelles (pour préparer un changement d’orientation), le tutorat…, sont construits dans cet objectif.

Former les enseignants

La formation initiale et continue des enseignants à ces nouvelles pratiques est déterminante. Il faut les initier à la pédagogie de projet, au lancement d’expérimentations, à la transdisciplinarité, au travail en équipe.
Le chef d’établissement a un rôle majeur à jouer dans ce contexte ; il devient « un manager pédagogique » travaillant avec le corps d’inspection pour impulser les nouvelles méthodes pédagogiques en lien avec la réalité du terrain. Comme le souligne Micheline Hotyat, il est essentiel d’adapter le projet académique au contexte local et à l’avenir socio-économique du territoire. Les différences sont telles entre les territoires qu’ « il faut arrêter de penser en termes de moyenne et raisonner en termes d’écarts à la moyenne », insiste-t-elle au vu des évaluations.
Le cadre juridique actuel - avec la loi de 2005 - permet aux établissements de disposer d’une grande liberté d’innovation. Encore faut-il s’en emparer et cultiver la créativité. Celle-ci est l’affaire de tous, de l’école au monde économique. Car l’enjeu est sociétal : tout jeune doit être créateur de son parcours tant professionnel que personnel.

Vidéo réalisée par l’IHEST, Catherine Veglio-Boileau et Olivier Dargouge, musique Jean-Sébastien Bach, Prélude de la deuxième suite violoncelle seul ré mineur - BWV1008, Pierre Fournier 1960, ©MusiGratis 2011

vendredi 13 décembre 2013, par Olivier Dargouge