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Quand la science entre en politique - vidéo

Heinz WISMANN : Regard philosophique

On aura fait un grand pas sur le plan de la préparation de la décision dès lors qu’on se sera entendu sur les grands objectifs, dès lors qu’on aura mis en rapport intérêts scientifiques et intérêts politiques.

Regard philosophique
Heinz WISMANN, directeur d’études émérite, Ecole des hautes études en sciences sociales, membre du conseil scientifique de l’IHEST

Heinz Wismann constate que le grand projet qui consistait à unifier l’ensemble des connaissances a vécu, au profit de la diversité des sciences, d’un paysage ouvert sur les découvertes. La science n’est plus guidée par un objet qui lui préexisterait, mais, fondamentalement, par un intérêt pour la connaissance. C’est en ce sens que le philosophe Heinrich Rickert distingue deux méthodes scientifiques, inconciliables : la subsomption et l’herméneutique. Si la première consiste à négliger le particulier au profit de la loi, la seconde s’intéresse au singulier et à sa complexité, disons à la reconnaissance des intérêts historiques. La première vaut pour les mathématiques et la physique, la seconde pour la création littéraire et l’approche scientifique des œuvres. Illustration selon Rickert avec la reproduction des papes (singulière) et celle des poulets (qui suit une règle). Les sciences ? Elles sont semblables à un curseur qui se déplace entre ces deux extrêmes. On peut faire un parallèle en sociologie avec l’approche de Bourdieu, toute tendue vers le général, à l’opposé de l’individualisme méthodologique défendu par Boudon.
Il faut abandonner l’idée qu’il y aurait des objets qui déterminent le champ de la science, et se concentrer sur les intérêts méthodologiques que sont la subsomption et l’intégration herméneutique. La même distinction vaut pour le champ politique, l’intérêt déterminant là aussi sa nature. On distinguera ainsi la politique en vue de l’accumulation du pouvoir – la politique politicienne – des politiques tendues vers la responsabilité, distinction qu’Heinz Wismann illustre par les choix politiques qui ont touché l’université française à la suite de la Révolution française et conduits à la création des grandes écoles, destinées à produire du savoir utile.
La politique qui vise l’accumulation du savoir est une chose, celle qui se demande à quoi le pouvoir sera utilisé, une autre. Le cœur de la relation science-politique ? C’est au niveau des intérêts que la rencontre doit se faire. C’est s’interroger sur les conditions d’une réflexion partagée sur les intérêts qui motiveront la décision. On aura donc fait un grand pas sur le plan de la préparation de la décision dès lors qu’on se sera entendu sur les grands objectifs, dès lors qu’on aura mis en rapport intérêts scientifiques et intérêts politiques.
(extrait de la lettre de l’université européenne d’été de l’IHEST du 9 juillet 2014)

Voir les autres entretiens de l’université européenne d’été dans ce dossier ainsi que les cartes postales vidéo et la lettre quotidienne publiés chaque jour durant l’université d’été : Les 5 numéros de la lettre et les cartes postales

mercredi 15 octobre 2014, par HUCHERY Mélissa