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Assises nationales de l’enseignement supérieur et de la recherche

Contribution finale du réseau des auditeurs

A l’issue de la convention du 6 novembre qui a permis de discuter les nombreuses propositions, la contribution du réseau des auditeurs, présentée ci-après, a été finalisée par le Comité de pilotage et déposée sur la plateforme des assises nationales le 14 novembre 2012.

Contribution du réseau des auditeurs de l’IHEST aux Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche Novembre 2012

LES RELATIONS SCIENCE-SOCIETE COMME FILTRE D’ANALYSE

L’IHEST assure une activité de formation continue de dirigeants ou futurs dirigeants pour promouvoir les relations science-innovation-société. Issu du monde de l’entreprise, de la recherche académique, de l’administration et de nombreux autres domaines de la société civile, le public mobilisé jouit d’une grande diversité d’origine professionnelle et culturelle. Il est sélectionné au vu de son engagement actuel ou à venir dans le rapport sciences-société. En formant ces cadres de haut niveau, l’objectif de l’Institut est de mettre en place un réseau décisionnel doté d’une culture partagée des relations sciences-innovation-société et en mesure de la faire partager à d’autres. http://www.ihest.fr

A l’occasion des Assises, l’IHEST a fait appel à ce réseau pour soumettre un ensemble de propositions concrètes relatives aux problématiques ayant trait aux rapports science-société. Muni de ce fil directeur, les auditeurs ont décidé de revisiter ces rapports sciences-société à partir de quatre grandes thématiques :

  • A- Le chercheur : acteur clé du dialogue science-société.
  • B- Une société créative, moteur de l’innovation
  • C- Une recherche qui s’internationalise dans une société mondialisée
  • D- Les médiateurs entre science et société

Une cinquantaine d’auditeurs du réseau s’est mobilisée pour cet exercice autour d’un comité de pilotage composé de sept anciens auditeurs. Ils ont d’abord élaboré individuellement, et donc sans recherche de consensus avec les autres auditeurs, des propositions ayant trait aux quatre problématiques retenues et s’inscrivant dans le fil directeur de la réflexion autour des relations science-société. Lors d’une convention, ces propositions ont été discutées puis retravaillées en groupes pour parvenir au document final. Résultat d’un travail collectif d’intelligence partagée, les propositions à suivre reflètent donc la diversité des acteurs du réseau qui se sont engagés dans cet exercice, sans prétendre à l’exhaustivité et avec le parti-pris inhérent à l’exercice de la synthèse. Cette contribution n’engage en aucune manière la responsabilité de l’IHEST.

Recommandation méthodologique à destination des décideurs :
L’approche scientifique invite à expérimenter toute assertion avant de la valider et à définir avec attention le champ d’applicabilité d’une théorie. Le réseau des auditeurs recommande vivement la mise en œuvre de ces bonnes pratiques lors du déploiement des propositions qui seront retenues à l’issue des assises.

A - LE CHERCHEUR : ACTEUR CLE DU DIALOGUE SCIENCE-SOCIETE

La recherche, l’enseignement supérieur et plus généralement les métiers de la connaissance apparaissent comme les garants de la future compétitivité de la France et de l’Union européenne. Acteur central de cet écosystème en mutation, le chercheur, public comme privé, se voit aujourd’hui attribuer de nouvelles missions toujours plus nombreuses. Manager, chef de projet, médiateur, animateur, il est soumis à la pression toujours plus forte et parfois inhibitrice d’une société dont les attentes ne cesse d’augmenter. Cette interaction entre le chercheur et la société pose par ailleurs la question de la responsabilité sociale du chercheur. Appelé à prendre la parole et parfois des risques, ce dernier ne peut recourir à un « ordre » référent encadrant sa responsabilité comme il en existe dans nombre d’autres métiers. Accompagner le chercheur dans ces changements constitue donc un enjeu majeur.

Quelques propositions clés :

➢ Améliorer les passerelles entre les mondes de la recherche, de l’enseignement secondaire et de l’entreprise et harmoniser les « outils » de gestion de carrière pour valoriser les mobilités professionnelles.

➢ Diversifier les critères d’évaluation et les évaluateurs afin d’être en mesure de valoriser la variété des nouvelles compétences attendues du chercheur.

➢ Développer et professionnaliser les fonctions support internes ou externes permettant de soutenir et d’accompagner le chercheur, ayant trait au montage de dossier, à la recherche de financement, au transfert de technologie, etc.

➢ Débattre de la responsabilité sociale du chercheur pour la préciser dans un « dispositif » dont la forme reste à définir.

➢ Repenser le statut de l’expert en clarifiant les responsabilités entre chercheurs, experts et politiques.

➢ Associer à cette responsabilité un système de protection juridique du chercheur, en manière de contrepartie.

Quelques autres pistes concrètes :
  • Faire évoluer les statuts des chercheurs (chercheurs/directeurs de recherche) et enseignants-chercheurs (maîtres de conférences/professeurs des universités) vers un corps unique ou commun et valoriser les parcours public-privé et privé-public.
  • Développer les contrats de sites organisant le rapprochement des centres de recherches, des structures d’enseignements supérieurs et des entreprises.
  • Proposer des formations duales (sciences / humanités) pour les premières années du cycle supérieur.

B - UNE SOCIETE CREATIVE, MOTEUR DE L’INNOVATION

Dans le contexte actuel de crise et d’incertitude, l’émergence de lieux et d’approches créatives apparaît pour tous comme une nécessité. La société civile, ses dirigeants, ses économistes, ses scientifiques doivent imaginer ensemble des solutions nouvelles pour répondre à l’urgence d’une transition vers un développement durable. L’innovation semble donc désormais reposer sur une créativité qui associe de multiples dimensions techniques, économiques, organisationnelles, artistiques et sociales. Or à cette règle, le monde de la recherche ne fait pas exception. La question du rapport entre innovation et créativité est d’ailleurs d’autant plus prégnante dans la communauté des chercheurs que l’économie de la connaissance consacre un lien étroit entre recherche et innovation. Repenser les rapports entre connaissance, créativité, design et innovation : telle est la problématique qui s’offre aujourd’hui au monde de la recherche.


Quelques propositions clés :

➢ Favoriser l’émergence de « quartiers » créatifs, de lieux associant campus, recherche, innovation, investisseurs et artistes pour enclencher une dynamique d’innovation.

➢ Favoriser l’émulation croisée art-science-design afin de « bousculer » les activités de conception et ainsi de faire émerger de l’innovation.

➢ Créer une entité territoriale pour accompagner l’innovation en région et guider les créateurs d’entreprise dans le dédale des aides nationales comme européennes.

➢ Valoriser la prise de risque et positiver l’échec qui constitue en soi une avancée, ne serait-ce que dans la mesure où il ferme une porte.

➢ Recruter des chercheurs créatifs, considérer l’étudiant comme un chercheur à part entière durant sa thèse et confier plus précocement des responsabilités.

➢ Faire évoluer l’évaluation des chercheurs en tenant compte de l’ensemble de leurs missions (négociées au préalable dans un mandat accordé à chaque chercheur).

➢ Valoriser et développer la créativité au niveau des appels à projets, afin d’innover dans le pilotage de la recherche.

➢ Rapprocher la recherche des investisseurs et des fournisseurs développeurs pour faciliter le transfert de l’innovation vers le monde économique et associer les investisseurs à la vie de projets porteurs d’innovations.

Quelques autres pistes concrètes :
  • Organiser des appels à projet de recherche et d’innovation imposant un partenariat art-science.
  • Associer un financement à un individu porteur d’un projet créatif.
  • Organiser des show-case permettant de mettre en relation innovateurs, investisseurs et industriels.

C – UNE RECHERCHE QUI S’INTERNATIONALISE DANS UNE SOCIETE MONDIALISEE

Notre société connaît une accélération sans précédent du phénomène de mondialisation. La recherche et l’enseignement supérieur sont partie-prenantes de ces changements dans la mesure où ils interviennent comme des moteurs essentiels dans les processus de globalisation et se transforment dans ces cadres nouveaux qu’ils contribuent à créer. Ils doivent répondre aux évolutions du monde tout en restant attachée au local. L’internationalisation de la recherche et de l’enseignement supérieur constitue donc à la fois une formidable opportunité et un risque majeur pour la France. Se protéger des risques tels que la fuite des cerveaux ou la délocalisation, tout en apparaissant comme un partenaire accessible et ouvert sur le monde, tel est aujourd’hui le défi qui s’offre à notre système de recherche et d’enseignement supérieur. Or ce défi n’est pas sans modifier les rapports entretenus par la recherche avec la société dans la mesure où les efforts de financements publics qui leur sont dévolus justifient de fortes attentes parmi les citoyens.

Quelques propositions clés :

➢ Conforter les enceintes de coordination telles que les alliances, qui permettent d’unifier et d’homogénéiser l’offre de recherche et d’enseignement supérieur en Europe et à l’international, notamment vis-à-vis des grands enjeux sociétaux, plutôt que de continuer à proposer des stratégies d’établissement dispersées.

➢ Doter la France d’une université d’excellence « mondiale », sur le modèle de Harvard ou de l’EPFL, bénéficiant de règles dérogatoires au regard des contraintes administratives afin de pouvoir accueillir sans limites étudiants, enseignants et chercheurs étrangers.

➢ Développer en parallèle une offre de formation supérieure française dans certains pays cible, avec la création de lieux de rassemblement où pourraient être concentrés les dispositifs internationaux de nos établissements de recherche et d’enseignement supérieurs concernés.

➢ Mettre en place une vraie politique d’acculturation à l’international et au multiculturel afin de permettre aux chercheurs et enseignants-chercheurs de rayonner dans les réseaux scientifiques internationaux.

➢ Lever les facteurs de blocage constitués par les freins aux financements transfrontaliers, par la difficile prise en compte des parcours de carrière internationaux et par une insuffisante valorisation de la recherche encore trop liée au lieu où elle est produite.

Quelques autres pistes concrètes :
  • Doter les alliances d’un mandat européen et international, au nom des établissements qu’elles représentent.
  • Augmenter le nombre d’unités mixtes internationales avec quelques partenaires cibles en créant les conditions de mobilités des ressources humaines et des moyens en visant en priorité l’intégration de l’espace européen de la recherche.
  • Renforcer les formations linguistiques dans le primaire, le secondaire et le supérieur, augmenter le nombre de classes européennes et multiplier les cursus en anglais.

D – LES MEDIATEURS ENTRE SCIENCES ET SOCIETE

Crises sanitaires, réchauffement climatique, ère numérique : impossible aujourd’hui d’appréhender la grande majorité des sujets de société sans une solide culture scientifique. Dans le contexte actuel de transition vers un nouveau mode de développement durable, il est essentiel de sensibiliser le citoyen aux enjeux sous-jacents aux grands débats afin de l’associer au mieux au processus de décision et aux choix réalisés par le politique. Cette sensibilisation repose nécessairement sur un meilleur accès pour chacun à la connaissance. Au-delà de la dimension technique consistant à utiliser les réseaux numériques comme supports de diffusion des savoirs, la question qui se pose aujourd’hui est donc celle de la forme à donner à cette nécessaire interface entre science et citoyen ? Où se trouveront les médiateurs de sciences de demain ?

Quelques propositions clés :

➢ Introduire l’histoire des sciences, la rencontre de chercheurs et un éclairage philosophique dans l’enseignement scientifique primaire et secondaire.

➢ Systématiser l’enseignement du langage numérique avec ses recommandations d’utilisation, ses possibilités, pour tous les étudiants et futurs chercheurs afin de développer chez ces derniers un esprit d’entreprise aussi bien qu’un esprit critique face à une masse toujours plus grande d’informations disponibles.

➢ Valoriser l’expérimentation et la démarche essai-erreur dans le cadre de l’enseignement.

➢ Elargir le débat public en s’interrogeant sur la possibilité d’ouvrir l’expertise à une approche systémique (collective et multidisciplinaire) et à certains acteurs de la société civile afin d’éclairer au mieux le champ des connaissances sur un sujet donné.

➢ Travailler à une meilleure acceptation sociale de l’idée d’incertitude en sciences, en accompagnant chaque affirmation du degré de certitude qui lui est associée.

➢ Introduire de manière obligatoire une sensibilisation à la démarche scientifique, dans le cursus de formation des journalistes, pour leur permettre d’aborder les grands débats actuels.

➢ Développer des projets communs entre organismes de recherche, universités, entreprises et ONG spécialisées sur différents sujets.

➢ Convaincre les politiques de l’intérêt d’appuyer, lorsque c’est pertinent, leurs propositions et leurs actions sur une démarche scientifique, en mettant en valeur une discipline et un scientifique.

➢ Analyser les données publiées sur les réseaux sociaux pour explorer les relations entre science et société, dégager les tendances et tenter de mesurer les effets des actions déployées en faveur de la diffusion de la science.

Quelques autres pistes concrètes :
  • Organiser un débat annuel au parlement sur la politique de recherche et d’innovation.
  • Prendre à témoin les objets du quotidien pour rendre visible la science et la technologie, sans qui, ils n’existeraient pas. Pas de « smartphone » en effet sans une science de haut niveau.

jeudi 15 novembre 2012, par HUCHERY Mélissa