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Editorial

Innovez ! et faire avec l’inconnu et l’incertain

Dans l’Abécédaire citoyen des sciences1, ouvrage conçu à partir des travaux menés depuis que l’IHEST, existe à la lettre « I » on trouve le seul mot “Innovez !”. Le billet de Marie-Françoise Chevallier-Le Guyader commence par :
« L’innovation est devenue en quelques décennies sésame de la croissance mondiale » et se conclue par « Synonyme de plus de bien être pour les uns, de risques pour les autres, l’innovation se présente donc comme une notion complexe entretenant une relation parfois ambigüe avec les concepts de progrès, d’incertitude et de précaution ».

Tracer un itinéraire dans cette complexité, pour soi et pour le bien commun est certainement une des ambitions du nouveau cycle de l’IHEST, L’inconnu et l’incertain. En 2016-2017, les auditeurs du cycle s’étaient emparés de la notion de bien commun2. Ils ont, tout au long du cycle, distingué une certaine culture de la science. Ils ont pointé que cette notion de commun est une construction fragile, demandant une certaine gouvernance et de la vigilance. « Il est temps de penser la connaissance elle-même comme un bien commun » est une de leurs conclusions. Tout au long du cycle, à travers les états de l’art, les dialogues d’experts, les témoignages, les travaux collaboratifs, les formes et les sources d’innovations sont apparues si diverses, qu’il est devenu évident pour les auditeurs que « si l’apport de la connaissance à la société a un impact dans le monde socio-économique, il fait aussi socle pour la civilisation et la citoyenneté ».
Donc, en synthèse, pour penser la connaissance comme bien commun, mobilisons une certaine culture de la science et environnons la de la gouvernance qui va bien…. Et en pratique, ajoutons sous la lettre I de l’abécédaire du citoyen des sciences Inconnu et Incertain.

L’Inconnu est « le fond sur lequel travaille l’homme de science » nous dit Heinz Wismann3, c’est aussi la crainte générée par « l’affluence-influence croissante des objets techniques » nous alerte Étienne Klein4. L’incertain est un des attributs du monde, face auquel « la science ne nous dit pas toujours ce qu’il faut faire et croire. C’est à nous les hommes de jouer », nous recommande Jean-Michel Besnier5. Toujours selon Jean-Michel Besnier, « l’éthique commence là, avec la conviction qu’il faut décider dans un monde incertain en faisant usage de sa raison ». D’ailleurs, comment et « pourquoi croire les scientifiques ? » se demande Hervé Le Guyader6 ?

Le séminaire d’intégration des 39 auditeurs du cycle national 2017-2018, qui s’est tenu à la Saline royale d’Arc-et-Senans, a indubitablement fait usage des guides de pensée de ces quatre personnalités. Pour entrer dans l’inconnu et l’incertain, nous nous sommes appuyés non seulement sur des connaissances fondamentales, sur nos capacités à réfléchir et œuvrer ensemble, mais nous avons aussi largement bénéficié de « l’esprit des lieux ».
Pour Hubert Tassy, directeur de la Saline Royale, « Inconnu et incertain aurait pu être le titre d’un des chapitres du traité d’architecture de Claude Nicolas Ledoux8, non seulement pour son utopique Cité de Chaux, mais pour son interrogation inquiète face au basculement historique de son univers ».

La présidence de Région, qui nous a honoré de sa présence, nous a suggéré deux repères dans l’inconnu : la stratégie et la concertation. Pour la promotion, cette première session du cycle national aura été le temps pour réunir les ressources nécessaires au parcours à travers l’inconnu et l’incertain, qu’elle va réaliser. Elle a déjà trouvé quelques moyens de faire alliance avec les inconnus ; et posé des principes de garantie du bien commun. La formule aura combiné, comme l’année précédente, « des interventions denses et diverses sans synthèse possible, avec la possibilité d’approcher le thème et de le mettre en lien avec son propre parcours professionnel et citoyen » 9 et la constitution de la promotion comme « une harmonie fonctionnelle sur base d’écoute, tolérance, partage avec une mise en résonance des intelligences ». Elle aura aussi permis de tisser le tissu conjonctif. Les défis à relever ressortant non seulement des propos des conférenciers mais aussi des travaux des auditeurs qui ont été très vite expérimenté « l’écoute active ».

La suite du parcours traversera l’incertain, le risque, l’inconnu, la prévision, approchera la décision, l’erreur, le méconnaitre et rebouclera sur l’action en fin de cycle. Rendez-vous est donné le 18 octobre pour l’ouverture officielle du cycle national 2017-2018 et le 7 juin 2018 pour la clôture de ce voyage à travers l’inconnu et l’incertain et le passage de témoin vers le cycle 2018-2019 sur le thème de l’inconnaissance.

Muriel MAMBRINI-DOUDET
Directrice de l’IHEST


Références :

1- Abécédaire citoyen des sciences, sous la direction de Marie-Françoise Chevallier-Le Guyader, Le Pommier, 2016
2 - Le cycle national 2016-2017 de l’IHEST avait pour thème « La connaissance comme bien commun, valeur des sciences et des technologies »
3 - P. 24 in La science en jeu, Collection Questions Vives IHEST-Actes Sud, 2010
4 - P. 191 in La science en jeu, opus cité.
5 - P. 162 in La science en jeu, opus cité.
6 - P. 57 in La science en jeu, opus cité.
7 - Directeur de La Saline royale d’Arc-et-Senans
8 - Claude Nicolas ledoux (1736 - 1806) est l’architecte de la Saline royale d’Arc-et-Senans
9 - Extrait des rapports d’évaluation des auditeurs du cycle 2017-2018

jeudi 5 octobre 2017, par HUCHERY Mélissa