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L’éditorial de Marie-Françoise Chevallier-Le Guyader

directrice de l’IHEST

Je souhaite partager avec vous ma conviction qu’il faut œuvrer toujours plus à rapprocher science et société. Mais comment ?
Mes expériences dans ce domaine sont multiples, mais des constantes me semblent émerger. Je débutais à Saclay au moment de la crise de Tchernobyl, et j’ai assisté à la communication du CEA. Elle semblait techniquement efficace vue de l’intérieur, mais s’est avérée totalement décalée par rapport à la société. Pour moi, le scientisme est mort à ce moment-là. Prométhée a été mis à mal.

Les différentes crises d’opinion dans lesquelles j’ai eu à m’investir ensuite ont confirmé ce changement de paradigme : la culture et les valeurs sont réapparues au côté de la connaissance scientifique. Ce retour de balancier, lié à la critique du progrès, à la prise en compte croissante de l’environnement, est sans aucun doute justifié, mais, attention !, il ne doit pas se faire au détriment de la science, de cette fragile tour de Babel construite pierre à pierre par notre civilisation.

Le monde scientifique et technologique, dans sa grande majorité, encore aujourd’hui, se soucie peu de ces valeurs sociales. Il devrait cependant prendre conscience que ses recherches conduisent à modifier dans la réalité, des objets auxquels nos concitoyens attachent des valeurs. Il lui faut donc développer une capacité de les apprécier et de raisonner ses décisions dans une approche plus réflexive.
Pour la société de la connaissance, c’est une chance que
nos concitoyens soient sensibles aux dimensions culturelles
connexes de la science : l’économie, l’esthétique, la philosophie, la théologie. C’est un puissant levier de dialogue, de concertation, levier que nous n’activons sans doute pas assez auprès des jeunes.

A cette fin, l’Ihest est allé certes en France, mais également en Europe, à Londres, Barcelone, Helsinki, Liège, Stockholm, et à Tokyo. Nous y avons perçu la volonté de cultiver , de développer des relations dynamiques entre les sciences, l’économie, la culture et la politique, donc la société. Nos interlocuteurs nous ont parlé du pourquoi, de leurs ambitions, du sens de leur action.

Tous ces écosystèmes favorisent, par leur organisation, la rencontre intellectuelle, entre les disciplines de la nature et de la culture. Les étudiants, la formation, les compétences sont au cœur de leur démarche. Ils ne séparent pas la recherche et l’innovation, le laboratoire et l’entreprise. Ils associent création scientifique et création architecturale, artistique. Ils intègrent
des espaces de proximité, de démonstration sur la recherche
et l’innovation, ouverts au public. Ils suscitent des processus de consensus et de débat, créent une éthique du progrès assumée avec leur société.

Cette approche n’est plus une utopie dans certains de ces
lieux, et ce que nous faisons à l’Ihest y a été plébiscité. Il y a deux raisons à cela :

  • Cette nouvelle complexité perturbe l’exercice de la décision. Au-delà des spécialités, des lobbies, des croyances, les responsables d’horizons très divers doivent développer des interactions plus fortes entre eux, chercher les complémentarités, accepter de se former avec humilité, car les dynamiques à l’œuvre évoluent vite, trop vite pour être appréhendées individuellement.
  • L’Ihest apporte une mise en perspective des relations science-société, leur donne du sens. Chacun y trouve une cohérence globale et peut y croiser son regard avec celui des autres. C’est un espace où l’on peut se projeter vers l’avenir en toute liberté, se recréer et tisser de nouveaux liens. Cela est précieux, car nous vivons dans des univers professionnels trop cloisonnés et avec des dynamiques temporelles qui font souvent obstacle au dialogue. C’est, je crois, la richesse de notre institut qui a d’ores et déjà formé 95 responsables et en accueille 45 autres cette année.

Marie-Françoise Chevallier-Le Guyader
Directrice de l’IHEST

mardi 2 décembre 2008, par Olivier Dargouge