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Université européenne d’été 2013

PRESENTATION - La controverse : enjeux scientifiques, enjeux de société

01 au 04 juillet 2013

L’Institut des Hautes Etudes pour la Science et la Technologie (IHEST) organise sa cinquième université européenne d’été, du 01 au 04 juillet 2013 aux Fontaines - Capgemini Gouvieux à Chantilly sur LA CONTROVERSE.

L’intérêt pour la controverse scientifique n’est pas neuf : on dispose en effet d’ouvrages détaillés relatant “l’éthique de la controverse” à l’époque classique, et certaines “disputes” célèbres, notamment entre Boyle et Hobbes au sujet de la pompe à air, ont fait l’objet de récits très documentés (Shapin et Shaffer, Léviathan et la pompe à air, La découverte, 1993).

Il reste que depuis une trentaine d’années, la notion de controverse semble être devenue centrale pour approcher les découvertes scientifiques, non seulement du point de vue pédagogique, mais aussi pour décrire la dynamique même de la science. L’idée d’une centralité de la controverse est largement entrée dans le débat public sur les sciences.

L’université européenne d’été de l’IHEST sera l’occasion de revenir à la fois sur ces usages multiples de la notion de controverse et sur ce qu’ils ont transformé dans notre relation avec les sciences.

La controverse au cœur de la science

 
Les travaux de sociologues des sciences, Stephen Shapin, Harry Col- lins, à l’étranger, Bruno Latour en France ont renouvelé l’intérêt pour la controverse en science. Ce dernier a montré, notamment dans La science en action (La Découverte, 1989), que plus on se rapprochait du lieu même où la science se faisait, moins les consensus étaient nets ; plus on entrait à l’intérieur des murs du laboratoire, plus on s’approchait du foyer de la controverse ; un des arguments forts de l’ouvrage était que la controverse n’était pas antérieure à la science (au sens où il y aurait d’abord controverse, puis enquête, et enfin un moment où la science trancherait), mais consubstantielle à son exercice.

L’ouvrage montre comment deux équipes concurrentes passent leur temps à rouvrir les “boites noires“ que l’autre équipe ne cesse de vouloir refermer : la publication évoquée en note par l’équipe adverse est-elle probante ? L’expérimentation décrite a-t-elle été bien menée … ?

Le récit de controverses célèbres, Pasteur/Pouchet, Leibniz/Newton, Galilée/Bellarmin, est devenu une manière fréquente, et souvent fructueuse, de faire comprendre les sciences. Par ailleurs, les futurs politiques sont aujourd’hui formés à l’analyse des controverses, l’idée étant que ces dernières feront partie de manière durable de l’environnement dans lequel ils seront conduits à exercer leurs responsabilités.
 

Les différents aspects de la controverse

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Il existe différents types de controverses : querelles de priorité (dans lequel le corps de connaissance établi ne soulève pas de question), controverses sur des usages de la science (les cellules souches ; la vaccination), controverses sur le cœur même de la science. Restituer ces différences et opérer un premier travail de classification permettra de comprendre que toute controverse impliquant les sciences n’est pas forcément une controverse sur les sciences elles-mêmes en général et le type de certitude qu’elles autorisent.

L’université européenne d’été fournira en premier un panorama des différents usages de la notion, avec en filigrane la question de savoir s’il y a lieu de distinguer des controverses proprement scientifiques et d’autres qui seraient alors des controverses sociales.
 
Comment fonctionne la controverse Une controverse n’est pas seulement un débat ou un désaccord entre deux savants. Il semble que, pour que se développe une controverse, il faille au minimum deux approches exclusives d’un même problème ou d’un même champ ; que ce désaccord porte sur un point central ou au moins stratégique de la science en question et, c’est là le point essentiel, qu’une communauté plus large que les deux parties soit prise à témoin. Cette communauté, dont l’autorité est sollicitée, peut être celle des spécialistes de la question (les pairs), mais aussi des ensembles plus larges, institutions (les académies…) voire l’ensemble de la population.

La controverse ne s’installe que si le différend ne peut être tranché de manière triviale parce qu’il n’y a pas consensus des protagonistes sur l’expérimentation et les observations, ou sur l’autorité susceptibles de trancher leur différend.

De point de vue, l’identification de la sphère dépassant les parties en présence et qui joue le rôle d’arbitre est essentielle pour bien comprendre les controverses actuelles les plus marquantes, changement climatique, OGM…
 

Questions ouvertes

du temps...

Depuis plus de deux siècles, la différence de rythme entre la production des connaissances, toujours plus rapide, et l’évolution des usages, plus lente, crée structurellement du différend qui peut passer par la contestation. Il devient alors intéressant de voir quelles ont été les grandes manières de gérer ce différend, par le débat, le recours aux experts, aux comités d’éthique, la compensation. Comment vivre et agir en régime de controverse ? L’État est-il toujours présent ? Quel rôle jouent aujourd’hui les formes participatives de débat ?

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du doute…

Le doute est un moteur de l’activité scientifique, mais il peut également être, comme dans les formes radicales de scepticisme, ce qui bloque à sa racine toute certitude, toute assurance envers nos connaissances. Certains ouvrages récents, en histoire des sciences, ont évoqué les multiples instrumentalisation du doute à l’égard des sciences, au nom d’intérêts politiques et industriels.

Existe-il différentes formes de doute, dont certaines seraient favorables et d’autres défavorables à l’activité scientifique comme à son appréhension par la société ? Qu’est-ce qui nous fait douter ? Peut-on définir les critères d’un doute raisonnable ?

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de la manipulation...

En matière de controverse, dire c’est faire : le simple fait de déclarer d’un sujet qu’il est controversé a des effets sur le débat public. C’est une manière souvent puissante de relativiser le consensus sur un sujet donné. Les créationnistes américains, dans leur expression première ou plus récemment à travers l’Intelligent Design, ont demandé sans relâche que l’on « enseigne la controverse » sur l’évolution au lycée, comme s’il y avait une véritable controverse scientifique, et comme si le lycée était finalement le meilleur lieu pour que cette controverse fût exposée. Y a-t-il des controverses artificielles ? Peut-on les identifier facile- ment ? Quels critères mobiliser ?
 

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de l’après controverse…

Enfin, une question essentielle posée par les controverses est celle de la sortie de la controverse : comment un sujet qui cristallise des oppositions fortes et des prises de position tranchées dans le public “sort”-il de l’état de controverse ? Une position “réaliste” affirmerait que le sujet est enfin clarifié, que la science a tranché, mais est-ce toujours le cas ? La fin de la controverse est-elle toujours postérieure à une meilleure appréhension scientifique de l’objet qui en était le prétexte ? d’autres facteurs interviennent- ils ? Y a-t-il même toujours une sortie envisageable de la controverse ?
 

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Parmi les intervenants et témoins (sous réserve) :

Yannick Barthe, Ecole nationale supérieure des mines de Paris, Jean-Michel Besnier, Université Paris Sorbonne,
Jean-Pierre Bourguignon, Institut des hautes études scientifiques,
Patrick Gaudray, Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé,
Mathias Girel, Ecole normale supérieure, Paris
Étienne Klein, Commissariat à l’énergie atomique, Romain Garcier, Ecole normale supérieure, Lyon, Hervé Le Guyader, université Pierre et Marie Curie,
Jean-Marc Lévy-Leblond, université Nice Sophia-Antipolis, Dominique Pestre, École des hautes études en sciences sociales, Heinz Wismann, École des hautes études en sciences sociales.

jeudi 14 mars 2013, par HUCHERY Mélissa