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Quand la science entre en politique

Vendredi 11 juillet : La géoingénierie : entre réalité et utopie

Synthèse de la journée

La dernière journée de l’université d’été a réunie une table ronde sur la géoingénierie. Elle s’est conclue, par des interventions remarquées de Jean-Pierre Bourguignon, Yves Bréchet et Jean-Michel Besnier.

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La lettre de l’université d’été
Numéro 5, vendredi 11 juillet 2014

Benoît de Guillebon présente certains des résultats de l’atelier de réflexion prospective (ARP) REAGIR lancé par l’Agence nationale de la recherche (ANR). Il observe que la géoingénierie évoque bien souvent l’apprenti sorcier, la manipulation de l’environnement. Pour beaucoup, elle apparaît comme une transgression de nos limites, une démesure prométhéenne. Quoi qu’il en soit, elle désigne l’ensemble des techniques et pratiques mises en œuvre ou projetées dans une visée corrective à grande échelle d’effets résultant de la pression anthropique sur l’environnement. Elle se distingue donc des dispositifs tendant à la limiter en amont – en réduisant directement l’activité humaine – et des mesures d’adaptation, et a pour finalité de corriger les impacts du changement climatique. Elle est intentionnelle, a une visée corrective des effets de la pression anthropique, par l’extraction du CO2 atmosphérique, d’une part, et la gestion du rayonnement solaire d’autre part. Les techniques de géoingénierie ? Il s’agit de l’agriculture, du développement des énergies renouvelables, de l’utilisation de la biomasse, de la fertilisation des océans, de l’injection d’aérosols stratosphériques ou encore du blanchiment des toitures. Plus utopique : les réflecteurs sur orbites. Des solutions techniques se développent – le reboisement, par exemple – mais les scientifiques ont de sérieux doutes sur l’efficacité des techniques et d’éventuels effets secondaires sur la machine climatique.
Jorge Luis Valdés présente une technique particulière de géoingénierie : la fertilisation des océans, et la manière dont l’UNESCO travaille ce sujet, en soulignant d’emblée qu’un tel sujet pose nombre de questions éthiques, dans la mesure où l’on agit directement sur la nature. L’idée est d’augmenter la quantité de plancton dans le fond de l’océan, de manière à y séquestrer toujours plus de CO2 en utilisant deux techniques, l’une à base de fer, l’autre d’azote. Les tests sont en cours, mais c’est un fait qu’on ne dispose pas de suffisamment de données pour évaluer leur impact sur l’écosystème. Quoi qu’il en soit, il y a de bonnes raisons de poursuivre dans le sens de la fertilisation, technique prometteuse. Reste qu’il est difficile de mener des expériences à grande échelle, qui demandent l’accord de plusieurs pays. En conclusion, la prudence devrait s’imposer.
Jean-François Minster souligne qu’une technique comme la fertilisation des océans, qui consiste à agir sur un élément du système terre en espérant que cette action aboutira au piégeage du CO2, suppose, pour être efficace, de créer une activité industrielle – ce que propose d’ores et déjà certaines entreprises. Son déploiement concerne tous les pays – l’humanité – et suppose d’entrer dans des logiques de négociations internationales. Le scientifique ? Il attend des signaux du politique, la mise à l’agenda ou pas du sujet. Un minium de compréhension collective s’impose pour que ce sujet devienne une priorité des agendas de recherche. Y aller et une chose, y aller dans les meilleures conditions, une autre, le scientifique ayant besoin d’encadrements, de réglementation et de loi, le politique d’expertises. Une fois la décision politique prise, il reste à la rendre acceptable pour les populations locales. Les collectivités territoriales doivent alors assumer la prise de décision nationale, l’administration devenant un acteur clé.

mercredi 15 octobre 2014, par Olivier Dargouge