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Editorial

La connaissance comme bien commun, valeur des sciences et des technologies aujourd’hui

Est-il si paradoxal de considérer la connaissance comme un bien, voire comme un bien commun ? Pourquoi sinon accorderions-nous une telle importance à l’éducation et au partage de connaissances ? Pourquoi sinon serions-nous si sensibles aux grandes disparités dans la production de connaissances, dans l’accès à ces dernières ou encore à leurs retombées sur la société ?

En questionnant la valeur de la science dans le contexte de la globalisation actuelle, le cycle national 2016-2017 montrera qu’il s’agit là d’un enjeu brûlant pour quiconque s’intéresse aux sciences et aux technologies.

Une valeur peut être définie comme ce qui, dans une chose, est estimé désirable par une personne ou un ensemble de personnes : qu’y a-t-il ainsi d’appréciable dans l’activité scientifique ? En quoi constitue-t-elle un bien commun, qui présente ce caractère étonnant et peut-être singulier de ne pas diminuer en quantité lorsqu’il est partagé ? Cet idéal de partage est-il d’ailleurs sans limites ? Y a-t-il des connaissances qu’il vaut mieux ne pas partager, qui doivent être protégées par le secret ?

Comment expliquer que la compétition autour du savoir soit aujourd’hui l’une des plus aiguës ? Est-ce que cette compétition s’explique uniquement par l’existence de valeurs dérivées – l’innovation, la puissance, qu’elle soit économique ou militaire, la santé, l’imaginaire ou encore la production de grands récits – ou est-ce qu’elle ne manifeste pas une valeur propre à la connaissance sans laquelle les autres ne seraient tout simplement pas possibles ? Dans la négative, comment expliquer que la science intervienne comme autorité symbolique dans nombre de débats ?

Une valeur est aussi ce qui fait l’objet d’une estimation et contribue à orienter la vie. En ce sens, elle donne des normes à l’activité humaine et constitue une réponse à la question : « à quoi tenons-nous ? » Se pose alors la même question que pour toutes les visées du bien : la connaissance est-elle le même bien selon les économies, les géographies, les cultures, les religions ou encore les systèmes politiques ?

La science peut-elle aussi fournir des valeurs qui débordent sur d’autres champs ? Le débat démocratique, portant sur des valeurs et des choix politiques, peut-il se passer des valeurs de rationalité, d’exactitude et d’argumentation qui caractérisent d’abord l’activité scientifique ? Sur un autre plan, le partage de la démarche scientifique pour la construction d’un esprit critique est une valeur fondatrice des sociétés modernes. Comment aujourd’hui l’éducation en France, en Europe porte-t-elle cet enjeu dans une culture partagée ?

Qu’offrent également les perspectives ouvertes par le numérique sur la transformation de ces valeurs et normes ? Le numérique modifie-t-il la valeur que nous attribuons à la connaissance, ainsi que les modes de transmission des métiers et savoir-faire ?
Les choix de politiques scientifiques et technologiques des institutions scientifiques ou d’enseignement supérieur, mais aussi des institutions philanthropiques ou des fondations, ont une incidence sur les connaissances produites : comment évaluer leur action et avec quels critères ?

La valeur a également un sens relatif, au centre de l’économie politique. Il s’agit alors de savoir quelle place occupe la science dans d’autres échelles : que vaut économiquement la science ? Que permet-elle ? Dans quels registres extérieurs à la science, qu’il soit économique, politique ou social, peut-on mesurer la valeur de la science ?

Marie-Françoise CHEVALLIER-LE GUYADER
Directrice de l’IHEST


Le cycle national annuel de formation 2016 - 2017 aura pour fil conducteur "La connaissance comme bien commun, valeur des sciences et des technologies aujourd’hui" pré-programme et candidature ICI

vendredi 18 décembre 2015, par Olivier Dargouge