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Entretien

Pierre Léna : L’éducation et les sciences : quelle place pour la créativité ?

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Entretien avec Pierre Léna, réalisé dans le cadre de la session L’éducation aux sciences et la créativité : une priorité pour l’Ecole ?

Cycle national de formation 2010-2011 - avril 2011

L’éducation et les sciences : quelle place pour la créativité ?

Pour Pierre Léna, astrophysicien, membre de l’Académie des Sciences et qui y fut Délégué à l’éducation et à la formation de 2005 à 2011, une éducation précoce à la science à l’école contribue à stimuler la « capacité de créer ». A l’issue du collège, tout jeune devrait avoir acquis des notions-clés de la science.

Parler d’innovation quand on aborde la question de l’éducation est « un glissement » dont il faut se garder selon Pierre Léna. Employée de plus en plus dans les rapports officiels1 , cette notion relie l’éducation à la seule dimension économique de la société. L’éducation serait envisagée uniquement comme un facteur de productivité et de compétitivité au service du développement économique de la société. Des pays d’Asie comme la Chine ou la Corée du Sud sont allés dans ce sens et « ils se lamentent aujourd’hui de ne pas avoir d’élèves créatifs ».
Or l’éducation est « une tâche majeure » qui se définit comme « une conduite hors de soi, une élévation de l’enfant vers l’homme en devenir » et « son impact économique est second » insiste Pierre Léna. La créativité est alors « une force intérieure », elle procède de l’imagination qu’il faut traduire dans une œuvre, au prix d’un effort laborieux face à la résistance du réel, sans crainte de l’échec et avec la conscience d’un héritage historique riche d’enseignements. C’est cette « capacité de créer » que l’Ecole doit développer. Elle recouvre de multiples formes – manuelle, intellectuelle, artistique, littéraire, etc. – et elle ne saurait être le seul apanage des professions intellectuelles ou des « métiers de la créativité », a fortiori à l’heure où 150 000 jeunes sortent du collège sans diplôme ni réelle qualification.

Priorité à l’investigation

Une éducation à la science bien conçue peut contribuer à stimuler la créativité ainsi entendue. Les leçons tirées de la dynamique et du projet de La main à la pâte (MAP), lancée en 1996 par Georges Charpak, Yves Quéré et Pierre Léna, le montrent. Il est possible de cultiver dès le plus jeune âge, à l’école primaire, la curiosité naturelle des enfants et les résonances multiples, affectives et spirituelles notamment, qui les habitent.
Les principes pédagogiques de la MAP, fondés sur l’investigation - hérités de la méthode Freinet, du Conseil national de la résistance, du Plan Langevin - s’attachent à mobiliser en premier lieu la capacité d’émerveillement des enfants qui s’exprime devant le pouvoir des sens (l’odeur d’une fleur), celui de l’intelligence (comprendre le réel est possible) et celui du faire (capacité de construire). Observer, questionner, formuler une hypothèse, exécuter un protocole expérimental, argumenter et rédiger, faire preuve d’humilité, d’écoute et de sens du dialogue sont autant de compétences qui se développent avec une telle éducation à la science.

L’enjeu de la formation

Comme le note Pierre Léna, aucun enseignant n’est obligé d’appliquer cette pédagogie d’investigation or celle-ci ne cesse de faire des émules, y compris dans d’autres pays. Cependant, en France, plus de la moitié des enseignants de l’école primaire ne savent pas encore la mettre en œuvre et, au collège, les professeurs sont le plus souvent coupés de la communauté des chercheurs, de la « science vivante ».
La formation continue des enseignants est un véritable enjeu dans un pays où la rénovation de l’enseignement scientifique s’impose au vu des mauvais résultats des évaluations internationales et nationales. Selon Pierre Léna, il faut cinq ans pour transformer progressivement un professeur des écoles adepte d’une pédagogie traditionnelle à une pédagogie d’investigation. Des Etats comme les Pays-Bas ou l’Allemagne ont fait de réels efforts de formation dans ce sens ; ce n’est pas le cas en France, tout au moins à une échelle suffisante.
L’objectif d’une science pour tous est celui du socle commun instauré par la loi de 2005, mais de fait la science demeure un outil de sélection au collège. a été abandonnée et la science est devenue un outil de sélection massif. Or une école du socle2, de la maternelle à la fin du collège, devrait se donner comme objectif l’acquisition de notions-clés de la science par tous les jeunes quels que soient leur orientation ultérieure et le niveau d’études poursuivi.

1. L’Union européenne est ainsi passée de « la connaissance » en 2000 dans sa Stratégie de Lisbonne à « l’innovation » en 2010 dans sa Stratégie Europe 2020.

2. Un socle commun de connaissances et de compétences a été publié par décret en 2006 en France. Il s’entend comme une obligation de résultat faite à la scolarité obligatoire et dessinant une culture commune.

Voir également l’entretien avec Micheline Hotyat :" La créativité à l’Ecole : un levier pour la réussite des jeunes ?" et avec Stella Baruk "Faut-il revisiter les conditions de l’apprentissage ?"

Vidéo réalisée par l’IHEST, Catherine Veglio-Boileau et Olivier Dargouge, musique Jean-Sébastien Bach, Prélude de la deuxième suite violoncelle seul ré mineur - BWV1008, Pierre Fournier 1960, ©MusiGratis 2011

mercredi 15 juin 2011, par Olivier Dargouge