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Cycle national 2015-2016

Session 06 : Le Royaume-Uni et ses paradoxes

Voyage d’études

Londres - Manchester
9 - 12 février 2016

Le Royaume-Uni et ses paradoxes Science, société, compétitivité

Ce premier voyage d’études de la promotion va lui permettre de prendre la mesure des différents espaces en jeu dans un pays européen emblématique, le Royaume-Uni. Huit ans après la crise, le Royaume-Uni a su tirer parti de la mondialisation pour faire rebondir son économie. Cinquième économie mondiale et deuxième économie européenne, le Royaume-Uni a eu un taux de croissance deux fois plus élevé et un taux de chômage deux fois plus faible que la France en 2015. Le Royaume-Uni, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies et membre de l’Otan, conserve une influence mondiale dans les domaines diplomatique et militaire. Bien que profondément eurosceptique et menaçant de la quitter, le pays a largement façonné l’Union Européenne et en a influé les orientations majeures, telles que l’élargissement, le marché unique, ou la dilution des pouvoirs de Bruxelles. Le Royaume-Uni, espace propice à l’expression de la créativité et à l’entrepreneuriat, attire les capitaux et les talents étrangers, et le rayonnement culturel britannique est incontestable. Dans le domaine scientifique, le pays qui ne représente que 0,9% de la population mondiale, a financé en 2013 3,2% de la R&D mondiale et publie 6,4% des articles à comité de lecture et le Royaume-Uni reste la deuxième destination des étudiants étrangers, après les Etats-Unis.

Derrière ces réussites se cache une autre réalité. En lien avec la forte désindustrialisation du pays, le commerce extérieur britannique est largement déficitaire. La dette publique est en croissance constante. Les bons chiffres du chômage masquent des inégalités sociales grandissantes et la grande précarité de l’emploi, symbolisée par le très controversé zero-hour-contract qui ne garantit ni la sécurité de l’emploi ni le salaire et qui concernerait maintenant 10% des salariés britanniques.

En raison de ses difficultés financières, l’Etat a réduit les budgets de l’enseignement supérieur et, dans une moindre mesure, de la recherche. Suite aux réductions budgétaires, les droits d’inscription universitaires ont triplé en 2012 pour s’élever à 9000 livres par an pour un étudiant de premier cycle. En novembre 2015, deux mois à peine après avoir annoncé son plan Teaching for Excellence Framework, le gouvernement a annoncé que le budget de l’enseignement supérieur baisserait encore de 8,5% d’ici 2020 avec, notamment, la réduction du student opportunity fund qui s’adresse aux étudiants les plus modestes et handicapés. Les politiques migratoires du Royaume-Uni entraînent une réduction notable du nombre d’étudiants internationaux. Le budget de la recherche, qui ne représentait que 1,7% du PIB en 2014 contre 2,25% en France , va rester stable jusqu’en 2020, alors que le gouvernement a lancé en décembre 2014 une ambitieuse stratégie pour la science et l’innovation, Our plan for growth , dans le but de « maintenir la science et l’innovation britanniques à la pointe de l’excellence mondiale ». L’éventualité d’un Brexit inquiète non seulement les économistes mais également les communautés universitaires et scientifiques. En effet, l’Union Européenne est un financeur majeur de la recherche britannique. En 2013-2014, les établissements d’enseignement supérieur britanniques ont reçu près d’un milliard d’euros dans le cadre du 7e PCRD et d’H2020, et Erasmus+ finance la majorité des échanges d’étudiants et de personnels.

Dans ce contexte difficile, les fondations et associations caritatives, telles que le Wellcome Trust ou Cancer Research UK prennent une part de plus en plus grande dans le financement et l’orientation de la recherche au Royaume-Uni.
A Londres, capitale mondialisée en plein essor économique, la promotion abordera les modèles de gouvernance et de financement du système de recherche et d’innovation britanniques, les axes stratégiques de sa politique de recherche et d’innovation, les régulations à l’œuvre entre pouvoirs publics, recherche, enseignement supérieur et société et le mode de coopération entre ces acteurs, ainsi que la diplomatie que le Royaume-Uni entretient avec la France sur ces sujets.

Aux inégalités sociales s’ajoutent des inégalités territoriales. La désindustrialisation du Nord et la tertiarisation de l’économie sont avancées pour expliquer le clivage entre le Nord, soumis à des difficultés économiques et sociales, et le Sud, riche et puissant du fait du développement des systèmes financiers et de la concentration du pouvoir économique à Londres.

Ainsi Manchester, ville symbole de la révolution industrielle, qui avait bâti sa richesse sur la transformation et la commercialisation du coton, a tout particulièrement souffert de la désindustrialisation et s’est trouvée profondément sinistrée dans les années 1960-70. Avec un effort de reconversion depuis les années 1980, 90% des emplois du Grand Manchester sont maintenant dans le secteur tertiaire, et la ville est devenue le deuxième pôle financier du Royaume- Uni après Londres . Outre la finance, les secteurs phares de l’économie locale sont la santé, la création, les médias et les nouvelles technologies, l’éducation et l’enseignement supérieur, le sport et le tourisme. La croissance démographique du Grand Manchester, en deuxième position au Royaume-Uni après Londres, est la preuve du dynamisme de l’agglomération. Malgré cela, le Grand Manchester a un taux de chômage élevé pour le Royaume-Uni (7,3% en 2015) et fait partie des 5 agglomérations ayant la plus grande proportion de banlieues pauvres du pays. L’administration du Grand Manchester est assurée par le Manchester City Council à qui a été transmis une partie des pouvoirs et responsabilités de l’Etat en matière de transport, de développement de l’immobilier, de logement, de santé, de lutte contre le chômage, la pauvreté et la criminalité, lors de la signature du Devolution Agreement en novembre 2014. Pour permettre aux grandes villes du Nord de constituer un contre-pouvoir face à Londres et rééquilibrer l’économie du pays, le Chancelier de l’Echiquier George Osborne a créé en 2014 le Northern Powerhouse, qui vise à renforcer les connexions économiques et physiques entre les grandes villes du Nord de l’Angleterre, dont le Grand Manchester, pour dynamiser leur croissance.

A Manchester, cité européenne de la science 2016 et hôte de l’Euroscience Open Forum (ESOF) 2016, la promotion étudiera comment se conçoit et se décline la stratégie territoriale d’une grande ville du Nord de l’Angleterre et son positionnement dans le paysage national. A l’université de Manchester, membre du Russel Group, un réseau de 24 universités de recherche intensive britanniques, et établissement de classe mondiale, en 41ème position au classement de Shanghai 2015, la promotion appréhendera la façon dont l’université concilie son inscription dans le territoire et son ambition d’excellence internationale, dans un contexte de restriction budgétaire.

Marie-Françoise CHEVALLIER LE GUYADER

directrice de l’IHEST

mardi 5 avril 2016, par HUCHERY Mélissa